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PIERRE HUDON DIT BEAULIEU fils de  Jean Hudon et Françoise Durand

Il y a exactement un siècle l'abbé Henri-Raymond, publiait à Québec une histoire de la Rivière-Ouelle intitulé «Une paroisse canadienne du XVIIe siècle», ce petit volume, dès son premier chapitre lance le lecteur sur la trace de ceux que le généalogiste Drouin appellera au XXe siècle les «héros de la Rivière-Ouelle». Parmi ces personnages légendaires qui repoussèrent la flotte de l'amiral Phips en octobre 1690 figure au premier plan le curé Pierre de Francheville. Né à Trois-Rivières le 14 juillet 1649, fils de Marin Terrier de Repentigny, sieur de Francheville et de Jeanne Jallaut. Le jeune prêtre avait appris par des courriers venus de Québec qu'une flotte considérable de vaisseaux de guerre américains remontait le fleuve dans le dessein de s'emparer de Québec et comme le seigneur de la Bouteillerie était absent, les paroissiens prièrent leur pasteur de se mettre à leur tête afin d'empêcher tout débarquement possible des troupes ennemies.

Les «héros de la Rivière-Ouelle»

«Caractère ardent et impétueux, allures martiales, regards de feu, comme, du reste tous les missionnaires de ces temps anciens: tel était ce curé de la Rivière-Ouelle, prêtre d'ailleurs pieux et zélé», écrit l'abbé Casgrain.  Par ce matin d'octobre, ce prêtre pieux et doux aurait volontiers troqué sa robe de bure contre la cotte de mailles de croisés moyenâgeux tellement il se sentait l'âme guerrière. «Je ne vous reconnaîtrais pas aurait t’il dit à ses paroissiens, si vous vous montriez assez lâches pour laisser débarquer ici ces mécréants de Bostonnais sans coup férir. Vous savez ce qui vous attend si vous les laissez approcher: ils brûleront vos maisons, votre église, profaneront les vases sacrés comme ils l'ont déjà fait ailleurs et vous entraîneront tous en captivité, vous, vos femmes et vos enfants. Souvenez-vous que ces hommes sont les ennemis de Dieu aussi bien que les nôtres. Prenez donc tous les armes, et tenez-vous prêt au premier signal!»

Il n'en fallait pas dire davantage pour convaincre cette poignée de colons. Aussitôt dit, aussitôt fait. Ils courent chacun chez soi pour décrocher le fusil qui pend au-dessus de l'âtre, remplissant leur corne de poudre et leur sac de plombs, s'embusquent derrière les taillis qui surplombent le fleuve et attendent en silence la flotte qui parait déjà à l'horizon. Comme prévu, l'ennemi jette l'ancre en face de leur village et des chaloupes remplies de soldats se détachent des vaisseaux. Des que l'envahisseur arrive à la portée des armes une grêle de balles s'abat sur lui. Surpris par une réception aussi peu cordiale, les rameurs font brusquement volte-face et ramènent précipitamment morts et blessés vers le large. La nouvelle de ce fait d'armes se répand comme une traînée de poudre à Québec et elle incitera sans doute Frontenac à en mettre plein les yeux à l'émissaire de Phips et à lui faire la célèbre réplique que l’on sait.

Si l'on en croit toujours l'abbé Casgrain, monsieur de Francheville aurait repoussé les Américains avec seulement trente-neuf combattants, parmi lesquels se trouvaient François et Joseph Deschamps, fils du seigneur, Robert Lévesque, Charles Miville. Galeran Boucher, Michel Bouchard. Pierre Dancosse, Joseph Renault, Guillaume Lizot, René Ouellet, Jean Pelletier, Jean Lebel, Pierre Emond, Mathurin Dubé, Jean Mignot dit Labrie, Noël Pelletier, Jean Gauvin, Pierre de Saint-Pierre, Nicolas Durand, François Autin, Sébastien Boivin,  Pierre Hudon dit Beaulieu et Jean de Lavoye.

 

Arrivé vers l’âge de 12 ans

Ce dernier est l'ancêtre de tous les Hudon et de la plupart des Beaulieu d'Amérique. Même s'il n'est encore qu'au début de la quarantaine, il oeuvre déjà au pays depuis une trentaine d'années. En 1661, il n'a pas plus que douze ans lorsque sa présence au Canada est signalé pour la première fois, à l'Île d'Orléans. Sa signature « Pierre Houdon » parait alors dans un document de cette époque.  Plusieurs vaisseaux étaient arrivés de Normandie cette année là et au cours de I'été de l'année précédente.

Le 3 avril 1664, les procès-verbaux du Conseil Souverain de la Nouvelle-France, révèlent que Pierre alors «serviteur domestique» du sieur Nicolas Marsollet dit Saint-Agnan, loge une plainte contre un dénommé Saint-Martin, aussi «serviteur domestique» d'Abraham Martin, parce que ce personnage aurait commis des excès contre lui. Le jeune homme requiert qu'une provision d'aliments et de médicaments lui soit adjugée et il obtient gain de cause, après les témoignages rendus en sa faveur par le sieur de Tilly et le maître chirurgien Jean Madry.  À cette valeur d'environ vingt livres tournois, Saint-Martin devra ajouter «si faire se doit » et de plus il sera contraint de faire ce paiement «par toutes voyes et rigueurs de justice même par corps.

Pierre Hudon sera recensé en 1666 parmi les volontaires non mariés demeurant à Québec. On le dit alors âgé de dix-huit ans et exerçant le métier de boulanger. L'année suivante, nouveau recensement. Cette fois-ci, Pierre fait partie de la liste blanche des colons oubliés. Où se trouve-t-il? Serait-il temporairement retourné en France? Nul ne le sait. Non seulement l'ignore-t-on cette année là, mais il faudra attendre près d'une dizaine d'années avant de redécouvrir sa présence.

 

Originaire de I'Anjou

Celle-ci sera notée dans son acte de mariage, à Québec même, le 13 juillet 1676. Le frais et pimpant marié doit alors avoir environ vingt-sept ans. Le registre laisse savoir que Pierre habite déjà à la Rivière-Ouelle et qu'il est le fils de défunts Jean Hudon et Françoise Durand, de la paroisse Notre-Dame de Chemillé, diocèse d'Angers, en Anjou. Quant à l'épouse, Marie Gobeil, elle demeure à la basse-ville, mais elle est la fille de Jean Gobeil et de Jeanne Guiet, originaires de Saint-Didier de Poitiers, et demeurant de présent dans la paroisse Saint-Pierre de l'Île d'Orléans. Les Gobeil s'étaient mariés en France et avaient immigré au Canada avec leurs premiers enfants.  Le mariage sera béni par l’abbé Henry de Bernières, en présence du père de l'épouse, de Robert Vaillancourt, son beau-frère, de M. Gachet et d'Antoine Bernard. La veille de la cérémonie, le notaire Pierre Duquet avait paraphé un contrat de mariage entre les futurs époux.

Il faudra attendre ensuite au recensement de 1681 pour avoir d'autres nouvelles de la famille Hudon, si l'on fait exception, bien sûr, de la venue des trois premiers enfants.  Marie-Gertrude et Pierre avaient été baptisés à la Rivière-Quelle, et Catherine-Marguerite à L'Islet.  Donc, en 1681, les Hudon n'ont pas bougé: ils sont toujours à la Rivière-Quelle, dans la seigneurie de la Bouteillerie. Pierre à 32 ans, Marie 23 et leurs enfants quatre, deux et un an respectivement. Les biens mentionnés sont deux fusils (peut-être les mêmes qui serviront à chasser les Bostonnais neuf ans plus tard), deux bêtes à cornes et dix arpents en valeur. Voilà un avoir bien maigre pour un colon établi sur son lot depuis au moins cinq ou six ans. À l'agriculture, on devait nécessairement ajouter la chasse et la pêche.

Agriculture, chasse et pêche

«Aux ressources que nos anciens tiraient de l'agriculture,  note l'abbé Casgrain, se joignaient celles de la chasse et de la pêche dont l'abondance a été longtemps incroyable.  Elles furent la manne providentielle qui empêcha la population de mourir de faim aux époques désastreuses où la guerre tenait continuellement les hommes sous les armes et forçait de laisser les campagnes sans culture. Les forêts  voisines étaient peuplées d'orignaux, de caribou, d'ours, de loups-cerviers, de castors, de loutres, de martres, de visons, de renards, de perdrix, de lièvres, etc., etc.  Chaque printemps et chaque automne, des bandes immenses d'outardes, de canards, d'oies sauvages, de sarcelles, de bécassines, de pluviers, d'alouettes, etc. s'abattaient sur nos rivages et dans les prairies.»

«À mesure que les bois ont été abattus, ajoute l'historien, la chasse est devenue plus rare mais la pêche, quoique bien diminuée, est encore une branche importante d'industrie et de commerce. Jusqu'au commencement de ce siècle, le saumon, l'alose, le barre, l'esturgeon, l'anguille, le hareng, la sardine, le capelan se prenaient en quantité qui aurait suffi pour faire la fortune de chaque habitant, s'il eût existé à proximité un marché convenable: mais la plupart de ces poissons étaient presque sans valeur, faute de moyens d'écoulement... Mais une pêche bien autrement intéressante et lucrative est celle du marsouin. Ce superbe cétacé, qui atteint jusqu'à vingt et vingt-cinq pieds de longueur et qui est particulier à nos climats, fait son apparition à la débâcle des glaces. On le voit nager par bandes nombreuses, quelquefois à la distance d'un jet de pierre du rivage, apparaissant de temps en temps pour respirer à la manière de baleines, et semblables, par la blancheur de sa peau, à des boules de neige flottant sur l'eau.»

Malgré ces ressources fauniques abondantes à sa portée, Pierre Hudon sait que l'avenir de ses enfants doit reposer davantage sur l'agriculture. Le 26 février 1692, il accepte du seigneur Deschamps une certaine étendue de terre non encore attribuée, entre la terre qu'il a déjà acquise de Jean-Galeran Boucher, celle de feu Jacques Thiboutot et la rivière Ouelle. Après cette transaction, l'ancêtre vivra encore plusieurs années. Il sera inhumé dans sa terre d'adoption, le 25 avril 1710, à l'âge de 60 ans.

 

Marie Gobeil veille sur les siens

Quant à Marie Gobeil, elle continuera de veiller au bien-être des siens durant plus d'un quart de siècle après la mort de son époux. Le 27 août 1720, elle fera dresser l'inventaire des biens de Pierre, décédé dix ans auparavant.  Le 27 juillet 1722, elle fera donation à son fils Louis; le 15 avril 1723, elle réunira ses héritiers pour effectuer avec eux un dernier partage. Marie assistera au mariage de la plupart de ses enfants, qui s'établiront non loin du foyer paternel ; à la Rivière-Ouelle, à Kamouraska et à Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Le 26 novembre 1736. on la déposera en cette terre qu'elle avait appris à aimer autant que l'eau de la rivière et du fleuve, autant que les gens aimables de sa magnifique paroisse.

Marie Gobeil appartenait à cette race de femmes dont l'historien Raymond Douville a dit: «C'est à elles principalement que les générations qui se sont succédé doivent la pérennité!».

Une famille plutôt sédentaire

La famille de l'ancêtre Pierre Hudon dit Beaulieu n'a guère bougé de sa terre d'adoption, celle de la Rivière-Ouelle. Quelques enfants s'établiront dans les paroisses voisines, telles L'lslet, Kamouraska et Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Le cercle familial était tellement restreint que plus de la moitié des mariages ont été contractés avec les familles Paradis et Gagnon, sans doute d'aimables voisins. Voici quelques renseignements sur les onze enfants Hudon, dont descendent le plus grand nombre de familles Beaulieu d'Amérique:

Marie-Gertrude,  baptisée à Québec le 8 juillet  1677. Mariée à la Rivière-Ouelle le 4 juillet 1697 (contrat sous seing privé, la veille) à Pierre Fortin, fils de Julien et de Geneviève Gamache (sept fils et sept filles). Cette famille sidait à L'lslet.

Pierre, baptisé à Québec le 16 mai 1679. Marié à Saint-Pierre (Île d'Orléans) le ler août 1707 à Marie Paradis, fille de Pierre et de Jeanne-Françoise Millouer (quatre fils et trois filles). Famille de Kamouraska. Pierre a été inhumé dans cette paroisse le 17 octobre 1741.

Jeanne-Catherine-Marguerite, baptisée à L'lslet le 2 juillet 1681 et inhumée à la Rivière-Ouelle le 25 janvier 1754. Mariée à cet endroit le 6 juin 1701 à Guillaume Paradis, fils de Guillaume et de Geneviève Millouer (trois fils et trois filles). Famille de la Rivière-Ouelle.

Joseph, baptisé à la Rivière-Ouelle le 1er juin 1685 et inhumé le 12 décembre 1711. Marié à L'lslet le 28 juillet 1711 à Geneviève Gamache, fille de Nicolas, seigneur de L'lslet, et d'Élisabeth-UrsuIe Cloutier. Après ce bref mariage, Geneviève se remariera en 1713 à Jean Gagnon dit Belzile.

Jean-Baptiste, baptisé à la Rivière-Ouelle le 26 avril 1687 et inhumé au même endroit le 4 mai 1754. Marié en cette paroisse le 9 janvier 1713 (contrat Janneau, 7 janvier) à Angélique Gagnon, fille de Jean et de Jeanne Loignon (cinq fils et quatre filles). Cette famille n'a jamais quitté la Rivière-Ouelle.

Francois, baptisé à la Rivière-Ouelle le 8 avril  1689 et décédé après 1740. Premier mariage à Geneviève Paradis, fille de Guillaume et de Geneviève Millouer; second mariage à Sainte-Anne-de-la-Pocatière le 5 février 1722 (contrat Janneau, 16 janvier) à Marie-Angélique Émond, veuve de Jean-Baptiste Dufaut et fille de Pierre Émond et d'Agnès Grondin (trois fils et quatre filles). Famille de  Sainte-Anne-de-la-Pocatière.

Nicolas,  baptisé à la Rivière-Ouelle le 3 juin 1691 et inhumé le 14 septembre 1756.  Marié au même endroit le 27 novembre 1713 (contrat Chambalon, 16 octobre) à Madeleine Bouchard, fille d’Étienne et de Marie-Madeleine Meunier (onze fils et cinq filles). Nicolas fut lieutenant de milice dans sa paroisse natale.

Jean-Bernard, baptisé à la Rivière-Ouelle le 2 février 1694 et inhumé le 19 novembre 1759. Marié en ce lieu le 13 juin 1718 (contrat Janneau, 11 juin) à Marie-Charlotte Gagnon, fille de Jean et de Jeanne Loignon (six filles et quatre fils). Famille de la Rivière-Ouelle.

Marie-Françoise, baptisé à la Rivière-Ouelle le 27 mars 1696 et inhumée le 27 mars 1762. Mariée au même lieu le ?5 avril 1718 (contrat Janneau, 23 mars) à Jean Paradis, fils de Guillaume et de Geneviève Millouer (deux fils et quatre filles). Famille de Kamouraska.

 Louis-Charles,  baptisé à la Rivière-Ouelle le 15 février 1697 et inhumé le 25 avril 1751. Marié en cette paroisse le 30 août 1723 (Contrat Jeanneau la veille) à Geneviève Angélique Lévesque, fille de Pierre-Joachim et d’Angélique Letartre (six fils et dix filles). Famille de la Rivière-Ouelle.

Alexis, baptisé à la Rivière-Ouelle le 30 août 1700 et inhumé au même endroit le 1er avril 1720.

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Dernière modification : 20 November 2009